Qui donnera la clef ??

la clé du bonheur


– « Surtout n’en parle à personne
A personne ! Tu le promets, n’est-ce pas ?»
Chuchotait-il à l’oreille…
« Tu sais c’est un jeu qui n’appartient qu’à nous »
– « Mais quel jeu » ?
Oh ! Certes pas un jeu d’enfant !
Pauvre créature innocente et si fragile
Entre les mains de son bourreau
Petite poupée de chiffon
À la robe maculée
Salie par l’innommable
Couverte de honte
Et de surcroit condamnée au silence
– « N’en parle à personne »
Ce secret qu’elle tut tant d’années durant
Par peur du rejet voire même du scandale !
Et depuis cette rage …
Cette rage gronde en elle comme l’orage
Meurtrie par ces plaies invisibles dans les entrailles
Et ces maux qui toujours la tenaillent
Qu’est- ce donc jouir du bon et de la vie
Qu’est-ce éprouver du plaisir ?
Le saura- t-elle un jour ?
Abimée, égarée, aujourd’hui
Elle déambule dans les bistrots, le soir
Comme pour anesthésier sa douleur
S’abreuve de quelques verres qu’on lui offre à boire
En contrepartie de câlins


Mais de quel droit ?
Qui a le droit d’effeuiller la rose
A la jeunesse à peine éclose
De jouer aux jeux interdits
Quand un enfant ne peut dire « oui »
Qui rendra ces années volées en secret ?
Qui donc livrera la clé clef du bonheur ?
Ah ! Que la bouche s’ouvre
Que les mots et les maux émergent
Et que vienne délivrance
Pour enfin regagner sa maison


©Lucia

Innocence volée – Innocence stolen

Innocence volée


La fillette avait la peau satinée et blanche
Ses beaux cheveux bouclés étaient couleur des blés
Elle riait à l’idée qu’en ce doux dimanche
Elle ferait la fête avec tous les invités


Dehors, le vent la berçait sur la balançoire
Les anneaux grinçaient sous les mouvements de l’air
L’odeur de savon qui émanait du lavoir
Parfumait l’air et sa peau baignée de lumière


Le corps de la fillette était fin et fragile
Elle dégageait l’insouciance de la belle enfance
Sans se méfier de l’homme, de son approche habile
Elle accepta de le suivre sans résistance


La porte se referma sur elle, prise au piège
L’homme s’adonna aux plaisirs charnels, il le fit
Avec son petit corps d’enfant et comme la neige
Fond au soleil, elle fondit en larmes et blanchit


Ô douleur ! L’homme lui déroba son innocence
Et c’est dans le silence que durant des années
Elle portera le lourd secret de son enfance


Lucia


TRANSLATION


The girl had smooth skin and white
Her curly hair were color of wheat
She laughed at the idea that this beautiful Sunday
She would party with all the guests


Outside, the wind was rocking her, on the swing
The rings creaked under the movements of air
A smell emanating from the laundry soap
Perfumed the air and her skin bathed of light


The body of the girl was thin and fragile
She exuded a carefree childhood
Without suspecting of the man, of his skillful approach
She agreed to follow without resistance


The door closed behind her, trapped
Man gave himself up to the pleasures of the flesh, he did
With her small body, and as snow
Melts in the sun, she burst into tears and blanched


Ô pain, the man stole her innocence
And it is in silence, for years
That she will bear the dark secret of her childhood